Ces dernières années ont vu poindre deux nouveaux concepts, à la fois terrains de réflexion et d’action, pour que le bâti cesse de subir le climat et commence à évoluer avec lui : l’adaptation et la résilience. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Quelles sont les différentes ? Et surtout, qu’est-ce que ces notions signifient concrètement en termes de solutions de construction et de rénovation ? Et la décarbonation dans tout ça ?
Adaptation et résilience, de quoi parle-t-on ?
L’adaptation signifie anticiper les effets négatifs du changement climatique et prendre les mesures appropriées pour prévenir ou minimiser les dommages qu’ils peuvent causer, ou tirer parti des opportunités qui peuvent se présenter.
Cette adaptation ne se limite donc pas à réagir aux événements climatiques extrêmes : elle implique également de repenser la conception, la construction et la gestion des bâtiments pour faire face aux transformations progressives du climat (élévation des températures moyennes, modification des régimes de précipitations, etc.).
La résilience d’un bâtiment se définit comme la combinaison de sa résistance, de son adaptabilité et de sa capacité de récupération face aux chocs et aux stress climatiques. Un bâtiment résilient est ainsi capable d’absorber des chocs sans perdre son utilité.
Cette résilience repose sur 3 piliers :
- Robustesse : résister aux dommages (structure renforcée)
- Adaptabilité : continuer à fonctionner malgré les contraintes (systèmes de secours)
- Récupération : revenir à la normale rapidement (modularité, réparabilité)
À Miami, le programme Miami Forever Bond, voté en 2017, mobilisera à termes 400 millions de dollars dont près de la moitié (192 millions) dédiée à la résilience face à la montée des eaux et aux inondations. Pompes de drainage, rehaussement d’infrastructures, protection des zones critiques : l’objectif est de transformer une ville régulièrement menacée en territoire capable de maintenir ses activités même lors des événements extrêmes.
Mais la résilience ne se joue pas seulement à coups de centaines de millions dans les métropoles occidentales. En Afrique du Sud, la Lapalala Wilderness School, établissement scolaire en zone rurale, prouve qu’on peut être résilient autrement : pour réguler les températures sous climat tropical, des structures d’ombrage en bois et une végétation indigène couvrent les espaces extérieurs, les murs sont en terre locale favorisant la filtration de la châleur et le bâtiment est autonome en eau et en énergie. Un modèle qui accueille 3 000 élèves par an et démontre que la résilience se décline selon les contextes locaux.
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Intégrer les enjeux d’adaptation et de résilience impose aux acteurs de la construction une transformation de leurs pratiques avec pour objectif de permettre aux bâtiments et infrastructures de continuer à remplir leur rôle dans un climat devenu incertain.
L’importance du choix des matériaux et solutions utilisées
Pour adapter l’enveloppe aux variations de températures et en particulier aux vagues de chaleur, il faut travailler à la fois les performances des parois opaques et des parois vitrées selon plusieurs paramètres : l’isolation thermique, l’inertie, la protection solaire, le pouvoir réfléchissant ou la végétalisation des surfaces.
Les structures des infrastructures devant résister à des contextes climatiques extrêmes, impliquent des innovations en matière de chimie de la construction. En Norvège, le pont de Trysfjord, plus grand pont en porte-à-faux au monde, utilise par exemple des agrégats légers combinant faible densité et résistance élevée, permettant de dépasser les limites des matériaux traditionnels.
Rénover en intégrant les impératifs d’adaptation et de résilience
Dans les pays développés, 80 à 90 % des bâtiments de 2050 existent déjà. Adapter ce parc massif sans démolir devient un défi technique, économique et social majeur : intervenir sur des bâtiments occupés, renforcer des enveloppes vieillissantes, intégrer de nouveaux usages sans interrompre l’activité.
Cette logique transforme l’adaptation en un travail de précision, à différentes échelles.
À l’échelle urbaine, les espaces publics deviennent multifonctionnels : à Copenhague, la place Tåsinge Plads fonctionne au quotidien comme un espace de vie, mais se transforme en bassin de rétention lors des pluies extrêmes grâce à des sols perméables.

Dans le résidentiel, le standard FORTIFIED, aux États-Unis, renforce l’enveloppe des bâtiments existants face aux ouragans — toitures, ouvertures, étanchéité multicouches — avec des résultats probants lors de tempêtes récentes, limitant les dégâts et accélérant le retour à la normale.
Savoir simuler différents scenarios de risques
Un troisième levier complète ces réponses physiques : la donnée. Capteurs, scénarios climatiques à moyen et long termes, intelligence artificielle et jumeaux numériques permettent de passer d’une logique réactive à une approche préventive : anticiper les défaillances, simuler des scénarios extrêmes, orienter les investissements avant que les dommages ne surviennent.
Singapour a investi 73 millions de dollars dans Virtual Singapore, un jumeau numérique utilisé pour tester des stratégies de refroidissement urbain et renforcer la résilience climatique.
New York et Los Angeles s’appuient sur ces outils pour modéliser les risques d’inondation et d’îlot de chaleur, et cibler les infrastructures les plus vulnérables.
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Aider les villes à mieux décider
Comment les villes peuvent orienter leurs politiques d’adaptation si elles ne disposent d’aucune donnée permettant de mesurer les risques susceptibles de les toucher ?
C’est pour répondre à ce besoin et permettre aux décideurs d’être davantage pro-actifs sur leur stratégie d’adaptation, que l’Urban Adaptation Assessment (UAA) a été créée aux Etats-Unis par la Fondation Kresge et la Notre Dame Global Adaptation Initiative (ND-GAIN). Cette base de données interactive rassemble des données provenant de plus de 270 villes des États-Unis dont la population est supérieure à 100 000 habitants. Elle permet d’explorer à quel point une ville est menacée par la chaleur extrême, les inondations ou la montée des eaux. Et évalue sa capacité de réponse : dispose-t-elle des moyens institutionnels, financiers et techniques pour se protéger et s’adapter ?
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Les indicateurs permettent de comparer, d’orienter les investissements, de justifier des priorités. La mesure devient un levier d’action, mais la responsabilité d’agir reste politique. Entre deux villes également exposées, c’est la volonté d’anticiper qui fait donc la différence.

Et la décarbonation dans tout ça ?
Adaptation et résilience ne détournent pas la construction de l’objectif de décarbonation mais en deviennent au contraire des alliées directes. Un bâtiment capable d’encaisser les chocs climatiques est un bâtiment que l’on ne reconstruit pas dans l’urgence, que l’on ne répare pas en boucle, et dont on évite les émissions massives associées à chaque sinistre. La réduction du carbone ne se joue plus uniquement dans la phase de conception, mais dans la capacité du bâti à durer, à rester fonctionnel et à traverser les crises sans générer de nouveaux pics d’émissions.
La décarbonation change ainsi d’échelle temporelle. Elle ne se limite plus à l’optimisation initiale des matériaux ou des systèmes, mais s’inscrit dans le temps long du cycle de vie. Investir dans des enveloppes robustes, des structures adaptables et des solutions préventives permet de réduire durablement l’empreinte carbone, en évitant les démolitions, les reconstructions et les remplacements prématurés.
Source : Adapting Buildings to Climate Change, Rapport collaboratif Arup & Saint-Gobain, 2025
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