Ces dernières années, plusieurs publications ont nourri le doute sur le retour sur investissement des rénovations énergétiques, en avançant des économies observées inférieures aux économies théoriques attendues (1). Dans ce contexte, une initiative de recherche a été lancée, ECOREBA, menée entre 2022 et 2025 par la Chaire Économie du Climat de l’Université Paris Dauphine-PSL (France) (2). Son objectif : objectiver les effets réels de la rénovation énergétique à partir de deux volets complémentaires, une méta-analyse internationale et une étude statistique sur les consommations réelles de maisons françaises. Voici ses enseignements clés.

1er enseignement : les rénovations énergétiques produisent bien des économies
ECOREBA réaffirme le rôle important de la rénovation énergétique. La méta-analyse internationale, fondée sur 46 études, montre que les rénovations réduisent bien les factures énergétiques. Les gains observés se situent autour de 10 % à 11,6 % de baisse de facture pour des travaux compris entre 3 100 et 3 970 euros, selon les documents.
Des rénovations limitées dites « par gestes » (3) produisent donc bien des économies mesurables qui, sans être massives, s’avèrent proportionnées à l’ampleur des travaux réalisés.

2e enseignement : dans les passoires thermiques, une partie des ménages se prive de chauffage
Sur près de 133 000 habitations étudiées, l’étude révèle que dans les moins performantes d’entre elles, les consommations réelles sont souvent très inférieures (jusqu’à -49 % !) aux consommations théoriques calculées par le DPE (4). Pour les chercheurs, ce résultat traduit un phénomène de restriction énergétique appelé “prebound effect”.
Concrètement, alors que le DPE est basé sur des calculs menés avec un niveau de confort identique quelle que soit la performance énergétique du bien, de nombreux ménages vivant dans des passoires thermiques (logements classés G, F et même E) réduisent leur chauffage, ne chauffent pas toutes les pièces ou sont contraintes de réduire les températures intérieures à un niveau inférieur au seuil de confort considéré comme décent afin de limiter leurs dépenses énergétiques.

L’étude démontre que ce phénomène de restriction est important et directement dépendant de la performance énergétique du bien.
Elle démontre également qu‘il est plus marqué chez les ménages modestes qui doivent contraindre et arbitrer entre leurs dépenses. A logement à performance énergétique équivalente, les ménages aux revenus les plus faibles consomment jusqu’à un tiers de moins que les ménages plus aisés.

Ce « prebound effect » explique pourquoi certaines rénovations légères peuvent produire des économies réelles plus faibles qu’attendu : une partie importante des gains de performance sert d’abord à améliorer les conditions de vie des occupants voire, pour les plus modestes, à les sortir de situations d’indécence, de sous-chauffe et de précarité thermique.

Quel impact pour les politiques de rénovation ?
Les conclusions d’ECOREBA conduisent les chercheurs à recommander une évolution de la manière dont les politiques de rénovation énergétique évaluent la performance des logements et ciblent les aides publiques :
- Evaluer la performance intrinsèque du logement indépendamment des comportements des occupants. Comment ? En mesurant la performance avant et après rénovation à partir du “besoin énergétique modélisé” du bâtiment (c’est-à-dire l’énergie théoriquement nécessaire pour garantir des conditions standardisées de confort) plutôt qu’à partir de la simple observation des consommations réelles après travaux.
Dans cette même logique, ECOREBA souligne aussi que des données clés comme la qualité réelle de l’isolation des parois, pourraient être vérifiées directement sur site afin d’améliorer la précision et la fiabilité des résultats. - Intégrer les niveaux de revenus et de précarité énergétique dans le ciblage des aides, puisque les effets d’une rénovation ne sont pas les mêmes selon la situation économique des occupants, les comportements de restriction énergétique étant particulièrement marqués chez les ménages les plus modestes.
- Les rénovations profondes (3) sont à prioriser dans les logements classés E, F et G, car elles permettent davantage de combiner amélioration du confort et réduction durable des consommations énergétiques.

Ce que change ECOREBA
ECOREBA réaffirme le rôle central de la rénovation énergétique et en quantifie statistiquement les effets. Oui, les rénovations permettent de réduire les consommations et les factures énergétiques. Mais elles jouent aussi un rôle plus large : améliorer les conditions de vie, lutter contre la précarité thermique et rendre les logements plus décents et plus confortables.
L’étude souligne également l’importance de poursuivre le développement de rénovations performantes, capables de conjuguer amélioration du confort, baisse durable des consommations et efficacité réelle dans le temps. Pour les chercheurs, l’enjeu n’est donc pas de remettre en cause la rénovation énergétique, mais de mieux comprendre ses effets réels afin de mieux cibler les politiques publiques et les travaux les plus efficaces.
MéthodologieL’initiative de recherche ECOREBA, menée entre 2022 et 2025 par la Chaire Économie du Climat (Université Paris Dauphine-PSL) avec le soutien du CSTB, d’EDF, d’EFFY et de Saint-Gobain, combine deux approches complémentaires : une méta-analyse internationale de 46 études sur la rénovation énergétique résidentielle et une analyse de près de 133 000 maisons françaises comparant consommations réelles et besoins énergétiques théoriques.
L’étude repose exclusivement sur des données publiques afin de garantir la transparence, la robustesse et la reproductibilité des résultats. Les chercheurs ont croisé données énergétiques, caractéristiques des logements, variables climatiques et indicateurs socio-économiques, avec une méthodologie économétrique destinée à distinguer la performance intrinsèque des bâtiments des comportements réels des occupants.
Notes :
(1) Notamment l’étude Blaise et Glachant de 2019 ou l’étude INSEE-SDES de 2025 sur l’isolation thermique.
(2) Avec le soutien du CSTB, d’EDF, d’EFFY et de Saint-Gobain
(3) La rénovation énergétique comprend l’ensemble des travaux permettant d’améliorer le confort d’un logement en réduisant sa consommation énergétique et ses émissions CO2 :
– la rénovation par gestes consiste à intervenir sur un poste précis à la fois : isoler les combles ou les murs une année, remplacer le système de chauffage plus tard ou encore remplacer les fenêtres, etc.
– la rénovation globale (ou profonde) repose sur une logique différente : elle consiste à traiter le logement dans son ensemble, en intervenant sur l’enveloppe thermique, l’étanchéité à l’air, la ventilation et le chauffage. Elle peut être idéalement réalisée en une phase de travaux, ou à défaut en quelques phases successives, selon un programme global établi en amont.
(4) Les “consommations théoriques” correspondent à une estimation standardisée de l’énergie nécessaire pour assurer un niveau défini de confort dans un logement, indépendamment des usages réels de ses occupants. Ce principe est utilisé dans de nombreux certificats de performance énergétique en Europe, même si les méthodes de calcul varient selon les pays. Dans le cadre du DPE français utilisé par l’étude ECOREBA, la méthode 3CL-DPE calcule l’énergie nécessaire pour maintenir le logement dans son entièreté à une température intérieure de 19 °C en hiver, ainsi que les consommations liées à l’eau chaude sanitaire et à l’éclairage sur une année complète.
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