« Façonner les villes exige une réflexion à long terme. » – Jeanne Gang

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Q Residences, Amsterdam (Pays-Bas). Les balcons profonds et inclinés offrent à chaque résident un accès à un espace extérieur, à l’air frais et à une lumière naturelle abondante, tout en apportant de l’ombre aux appartements situés en dessous. Associé à une conception environnementale passive et à une enveloppe performante sur le plan énergétique, le projet montre comment les bâtiments résidentiels peuvent s’adapter au climat tout en favorisant une relation plus ouverte avec la ville. Crédit : Ossip van Duivenbode

Qualité de vie
Durée de lecture : 7 min 7 min
08/10/2026

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Quels sont les grands défis rencontrés par les villes ? Et quel rôle les architectes jouent-ils dans leur transformation ? A l’occasion de notre partenariat avec le Symposium 2026 organisé par la Villa Albertine et MAS Context à Chicago, plusieurs architectes talentueux nous livrent leur vision et leurs pratiques inspirantes. Bienvenue dans la série, L’architecte dans la ville.
Jeanne Gang, fondatrice de Studio Gang et professeure de pratique de l’architecture à la Harvard Graduate School of Design. Crédit : John David Pittman

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Jeanne Gang s’est forgée une réputation internationale grâce à une approche qui relie architecture, ville et monde vivant. Fondatrice de Studio Gang, MacArthur Fellow, elle a signé des projets emblématiques, des gratte-ciels de Chicago aux grands équipements culturels et civiques. Dans le cadre de L’architecte dans la ville, elle partage une vision singulière de la ville durable, dans laquelle les bâtiments peuvent contribuer à la fois au bien-être des habitants et à la biodiversité urbaine.


Quel est le rapport que vous entretenez, à titre personnel, avec les villes ? Qu’est-ce qui fait qu’une ville est un endroit où vous aimez vivre ?


Ayant toujours aimé la nature, ce qui compte le plus pour moi, c’est de pouvoir accéder à une nature riche en biodiversité au cœur de la ville. À Chicago, je me promène chaque jour dans les parcs, entre les bâtiments et le long du lac. Et lorsque je suis à Paris, je vais souvent tôt le matin au jardin du Luxembourg pour observer les oiseaux. J’aime vraiment ce lien entre la nature et la ville.


Quels sont les principaux défis en matière de durabilité auxquels les villes doivent répondre ? 


À mesure que les populations augmentent et que l’agriculture se fait de plus en plus intensive en dehors des villes, la biodiversité subit une pression croissante. Je pense que la ville de demain doit jouer un rôle beaucoup plus important dans la préservation de la biodiversité, non seulement pour les autres espèces, mais aussi pour les habitants qui y vivent. La pandémie de Covid-19 nous a montré à quel point l’accès à la nature peut être essentiel pour les citadins, notamment pour les enfants qui ont parfois peu de contact avec les milieux naturels en dehors de la ville.

Cela implique d’aller au-delà des parcs traditionnels ou de la simple plantation d’arbres. Nous devons créer des habitats fonctionnels à travers toute la ville, en faisant une place aux différentes espèces dans les espaces publics, mais aussi au sein même des bâtiments. Cela suppose que les architectes comprennent le fonctionnement des écosystèmes et collaborent avec des écologues et des biologistes.

L’objectif est de créer des espaces urbains qui favorisent la biodiversité tout en rendant la ville plus riche pour ceux qui y vivent.

Le John W. Boyer Center de l’Université de Chicago à Paris (France), avec un jardin en toiture et des espaces extérieurs plantés d’espèces adaptées à la région, conçus pour accueillir à la fois les habitants et la faune urbaine. Le projet utilise également du bois massif pour une grande partie de sa structure. Crédit : Magda-Biernat

Comment les villes influencent-elles votre travail d’architecte ? Comment prenez-vous en compte le contexte, l’identité et les ressources propres à la ville dans laquelle vous intervenez ?


Mes premiers projets étaient des centres communautaires dans différents quartiers de Chicago, et ils m’ont appris à quel point il est important d’échanger directement avec les personnes qui utiliseront un bâtiment. En discutant avec elles, on découvre souvent des choses auxquelles on ne s’attendait pas, qui peuvent ensuite nourrir le projet.

Je commence donc généralement un projet par une phase de recherche et d’échange. Dans un lieu que je découvre, je commence par prendre du recul, en m’intéressant à son histoire, à son caractère architectural et à sa culture, puis je me rapproche progressivement du site lui-même.

Nous étudions les matériaux disponibles, les savoir-faire locaux, le climat et l’écologie du lieu, ainsi que la manière dont le bâtiment sera réellement utilisé. Nous rassemblons toutes ces informations, puis nous cherchons à déterminer quels sont les enjeux les plus importants pour le projet en question.

En définitive, l’objectif est de puiser dans les informations apportées par le lieu et par ceux qui y vivent pour concevoir un projet qui s’inscrive dans l’histoire de ce lieu.

Au Arkansas Museum of Fine Arts à Little Rock, Studio Gang a choisi de réemployer et de transformer le complexe existant plutôt que de repartir de zéro. Le projet conserve les éléments structurels les plus carbonés du bâtiment, notamment une grande partie de sa structure et de ses fondations d’origine, tout en rénovant les espaces existants et en restaurant la façade historique de 1937. Crédit : Iwan Baan

Dans quelle mesure l’architecte peut-il contribuer à façonner une ville?


J’essaie toujours de réfléchir à ce qu’un projet peut apporter à une réflexion plus large. Un projet doit fonctionner et être convaincant en lui-même, mais il peut aussi montrer qu’il est possible de faire les choses autrement. Il peut, par exemple, démontrer qu’un certain type de bâtiment peut être construit en bois. De cette manière, l’architecture peut contribuer à un objectif plus large en matière de durabilité en montrant l’exemple.

Cela signifie aussi remettre en question les façons habituelles de concevoir les bâtiments. Dans nos immeubles résidentiels de grande hauteur, par exemple, il existe souvent une volonté de créer des bâtiments totalement hermétiques. Nous adoptons une approche différente, en concevant des façades qui permettent aux habitants de contrôler en partie les flux d’air naturel et de passer plus facilement de l’intérieur à l’extérieur.

Pour moi, l’enjeu est de concevoir des façades qui composent avec le climat plutôt que de simplement nous en isoler : offrir une bonne protection thermique lorsqu’elles sont fermées, tout en restant ouvrables pour permettre l’entrée d’air frais et l’accès à l’extérieur. À l’échelle de la ville, cette relation entre les bâtiments et leur environnement peut contribuer à un cadre urbain plus ouvert et plus agréable à vivre.

L’extension du campus du California College of the Arts à San Francisco associe deux pavillons en bois massif apparent à des stratégies de conception passive. De profonds balcons protègent les espaces intérieurs du soleil et améliorent leur performance énergétique, tandis que des ateliers ouverts sur l’extérieur font entrer la lumière naturelle et l’air frais. Le projet vise la neutralité carbone et le zéro émission nette en énergie. Crédit : Jason O’Rear

De quoi avez-vous besoin en tant qu’architecte pour jouer pleinement votre rôle au service des villes ?


Nous devons réunir les différents acteurs qui façonnent les villes autour d’une vision commune de leur avenir.

Les architectes et les paysagistes, par exemple, doivent travailler beaucoup plus étroitement ensemble et penser la ville comme un système global, plutôt que de considérer les bâtiments et les paysages comme des éléments distincts. C’est particulièrement important à mesure que les villes s’adaptent au changement climatique.

Nous avons également besoin d’un dialogue plus étroit avec les responsables politiques. Ceux-ci doivent, à juste titre, répondre aux attentes des électeurs et à leurs préoccupations immédiates. Mais façonner les villes exige une réflexion à long terme, ce qui peut être difficile lorsque les équipes municipales changent et que les priorités sont dictées par le court terme.

Il est essentiel d’écouter les citoyens, mais façonner les villes signifie aussi aller au-delà des préoccupations immédiates et aider chacun à comprendre les défis qui nous attendent. Si nous voulons susciter l’adhésion à des transformations de long terme, les citoyens doivent être associés à ce processus et avoir accès aux connaissances qui le sous-tendent.

C’est notamment pour cette raison que Studio Gang crée des expositions à destination du grand public, comme l’exposition actuelle Flyway City au Chicago Architecture Center, afin de rendre ces enjeux accessibles et de permettre à chacun de devenir acteur du changement.

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