Europe 2036 : les bâtiments respirent enfin malgré la chaleur

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Le siège rénové de Schneider Electric à Stezzano (Italie) associe un vitrage de contrôle solaire COOL-LITE® SKN 176 à des solutions d’isolation thermique et de toiture, afin d’assurer une protection thermique efficace, d’améliorer l’efficacité énergétique et d’accroître le confort et le bien-être des collaborateurs. Crédit : Lorenzo Bartoli

Qualité de vie
Décryptage
Durée de lecture : 11 min 11 min
17/09/2026

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Août 2036. La sixième vague de chaleur de l’été traverse l’Europe du sud au nord. Pourtant, dans un nombre croissant de logements, d’écoles et de bureaux, les occupants dorment, travaillent et apprennent dans des conditions acceptables. Aucune rupture technologique n’explique ce changement, mais rien n’a plus été pareil depuis l’été 2026.

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Des solutions connues, éprouvées, souvent disponibles depuis des années, ont été généralisées, combinées selon une logique séquentielle, et inscrites dans des décisions cohérentes. Le plus fou dans cette histoire ? La plupart des bâtiments qui tiennent le coup en 2036 existaient déjà dix ans plus tôt. Ce ne sont pas les constructions neuves qui ont fait basculer la donne, mais la capacité à transformer l’existant. Récit en sept actes de ce qui a transformé la résilience des bâtiments en Europe.


1. Les bâtiments intègrent enfin le climat futur


Rétrospectivement, le plus déroutant n’est pas que les bâtiments aient souffert de la chaleur, mais qu’on les ait conçus à partir de données météo qui ne reflétaient déjà plus la réalité des étés. Dans une Europe qui se réchauffe environ deux fois plus vite que la moyenne mondiale [1], cette situation était devenue intenable. 

En 2036, chaque projet intègre les conditions climatiques auxquelles il sera exposé pendant sa durée de vie. Le risque de surchauffe est évalué avant les travaux, en croisant exposition du territoire, sensibilité du bâtiment, enjeux abrités et capacité d’adaptation, comme le proposait la méthode ABCD du Cerema [2] [3]

La prise en compte dès la phase de conception des climats futurs a ainsi permis à la profession de corriger un décalage qui rendait les bâtiments vulnérables dès leur livraison.


2. Agir en 4 étapes : Prévenir / Absorber / Évacuer / Rafraîchir 


Avant de refroidir un bâtiment, encore faut-il cesser de le réchauffer.  En 2036, la démarche suit une logique en étapes : empêcher la chaleur d’entrer (isolation, protections solaires, surfaces réfléchissantes), l’absorber et la stocker dans la masse du bâtiment (inertie thermique, matériaux à forte capacité), puis l’évacuer lorsque les conditions le permettent (ventilation nocturne, surventilation) et enfin rafraichir s’il le faut. Ces leviers ne valent que combinés et adaptés à chaque bâtiment.
Les résultats convergeaient d’une étude à l’autre. Ceux du collectif Rénovons, par exemple, montraient que l’association rénovation globale + protections solaires + usages adaptés pouvait diviser par trois les jours de chaleur excessive [5]

C’est parce cette approche séquentielle est devenue la règle en 2036 que le confort d’été est devenu enfin accessible au plus grand nombre.


3. La climatisation n’est plus la réponse par défaut


La climatisation n’a pas disparu. Mais elle a changé de statut. Elle intervient comme le quatrième levier d’une stratégie de confort d’été, après la réduction des apports de chaleur, l’utilisation de la masse thermique et l’évacuation par ventilation. Lorsque ces trois étapes sont correctement mises en œuvre, les besoins de refroidissement actif diminuent considérablement.
Ce repositionnement s’inspire notamment du cadre d’action proposé par le GlobalABC (cf schéma ci-dessous) : minimiser les besoins par la conception passive, privilégier des systèmes sobres, améliorer l’efficacité des équipements, diminuer l’impact des fluides frigorigènes [6]

Le refroidissement actif n’a donc pas été banni, il a été dimensionné à sa juste mesure.

Atténuation de la chaleur dans les bâtiments

Ils ont montré la voie...
Lublin (Pologne), une gare qui respire
Photo de la gare de Lublin en Pologne

Inaugurée en 2023 en Pologne, la gare de Lublin (studio Tremend) repose sur un concept de « boîte dans la boîte ». Seul le noyau intérieur est activement refroidi par un système radiant alimenté par des pompes à chaleur en cascade et 42 forages géothermiques. Le système de ventilation intègre une récupération de chaleur atteignant 80 %. Le parking souterrain, conçu comme un atrium ouvert, est ventilé naturellement. Un jardin vertical de 300 m² sur les façades contribue au rafraîchissement de l’enveloppe, les eaux pluviales récupérées alimentent l’arrosage des espaces verts. La régulation zone par zone évite, quant à elle, de climatiser des espaces qui n’en ont pas besoin. Mais le bâtiment ne se contente pas de gérer sa propre chaleur, il vit avec son environnement. La terrasse-jardin sur le toit est ouverte au public, la place qui l’entoure a été réaménagée et végétalisée, et l’ensemble a enclenché la régénération d’un ancien quartier industrie(11).


4. La rénovation ne se contente plus d’économiser l’énergie


Pendant des années, rénover signifiait isoler pour chauffer moins. Un bâtiment pouvait obtenir d’excellentes notes énergétiques tout en devenant invivable dès le mois de juin. Des études avaient pourtant montré l’ampleur des écarts selon les configurations. Celle menée par le laboratoire TIPEE, par exemple, avait démontré que sur une même maison en combles aménagés, l’inconfort pouvait varier de 758 à 4 540 degrés-heures (un indicateur qui cumule l’intensité et la durée de la surchauffe : plus le chiffre est élevé, plus le logement est invivable en été) selon le niveau d’isolation de l’enveloppe et les stratégies de protection solaire et de gestion (fermeture des volets, surventilation nocturne, automatisation des protections)[4]. Une même maison, des choix d’isolation et de gestion différents, et des résultats radicalement opposés. 

En 2036, l’habitabilité estivale est devenue un critère constitutif de la rénovation performante, intégré aux cahiers des charges, aux aides et aux critères de certification [5]. Car une rénovation bien conçue n’adresse pas seulement l’été. Elle améliore simultanément le confort en toute saison : elle réduit les besoins de refroidissement en période chaude et les consommations de chauffage en période froide.

Ils ont montré la voie...
Morangis (France), un pavillon qui a changé de saison
En 2025, en Île-de-France, un pavillon de 1968 classé F au DPE (diagnostic de performance énergétique, l’équivalent français de l’EPC européen) a été rénové selon une stratégie pensée pour l’été : limiter, retarder, évacuer. Les mesures réalisées par Artelia ont documenté jusqu’à 8 °C de moins que l’extérieur en canicule et 3,5 °C de rafraîchissement nocturne grâce à la ventilation automatisée. Le DPE est passé de F à A(9).


5. Les quartiers participent eux aussi au confort


Un bâtiment parfaitement conçu, planté au milieu d’un îlot de chaleur, reste un bâtiment sous pression. Végétation, ombre, eau, sols perméables, circulation de l’air : les acteurs urbains ne se substituent pas aux acteurs du bâtiment, ils créent le contexte dans lequel les solutions bâtiment peuvent fonctionner. Cette articulation entre les deux échelles s’est construite à travers des initiatives comme Beat the Heat. Celle-ci a réuni plus de 250 villes et plus de 100 organisations partenaires autour de diagnostics thermiques urbains, de plans d’action et de solutions fondées sur la nature [7] . 

En reconnectant la performance du bâtiment à celle du quartier, ces démarches ont fait de l’aménagement urbain un levier structurant du confort intérieur.

Ils ont montré la voie...
Athènes (Grèce), à l’échelle du quartier
Dès 2024, en croisant cartes de températures de surface, espaces verts et densité de population, Athènes a ciblé ses interventions quartier par quartier. À Ano Kypseli, un ancien parking transformé en microforêt a vu ses températures de surface passer de 60 °C à 37-40 °C. Place Argentinis Dimokratias, les températures au sol sont tombées de 60 °C sur le pavé exposé à 30 °C sous les arbres. Au centre culturel Serafio, un jardin rafraîchissant a réduit la température ressentie de 4 °C pendant la canicule de juillet 2025. En dix-huit mois, la ville a planté près de 7 500 arbres, doublant son rythme par rapport aux quatre années précédentes (12).


6. Les financements valorisent davantage la prévention


C’est peut-être le changement le moins visible et le plus déterminant. En 2036, les financements intègrent une logique de risque climatique. Sont traités en priorité les bâtiments les plus exposés, ceux qui accueillent des publics vulnérables, ceux dont la défaillance aurait les conséquences les plus graves. 

Les collectivités, qui représentaient en 2019 en moyenne 69 % des investissements publics significatifs pour le climat dans 33 pays de l’OCDE et de l’Union européenne [8], ont joué un rôle central dans cette bascule. Pour orienter ces investissements, les collectivités ont pu s’appuyer sur des outils comme la méthode ABCD du Cerema [2], qui permet de hiérarchiser les bâtiments selon leur vulnérabilité et de cibler les priorités. Le passage à l’échelle a exigé de lever des freins identifiés de longue date : insuffisance des budgets, manque de compétences et absence de standards de résilience suffisamment robustes [3]

C’est en intégrant la prévention dans les critères de financement, dans les aides, les cahiers des charges, les certifications et les standards, que le changement s’est matérialisé. Le confort d’été est devenu un critère mesurable, au même titre que les économies d’énergie.


7. Les acteurs travaillent avec les mêmes objectifs


En 2036, les acteurs du bâtiment ne se contentent plus d’intervenir les uns après les autres sur le même ouvrage. Ils travaillent à partir des mêmes hypothèses climatiques, définissent ensemble des objectifs mesurables et assurent une continuité entre conception, financement, réalisation et exploitation. Ce qui a changé, c’est l’alignement. En cessant de fragmenter les responsabilités et en partageant les données [3], ils ont transformé une chaîne d’interventions successives en une démarche coordonnée.

Face à la chaleur, agir sur les bâtiments ne suffit pas : la résilience passe aussi par une réponse collective.

Ils ont montré la voie...
Barcelone (Espagne), quand six métiers travaillent ensemble
Dès 2020, à Barcelone, onze écoles ont été transformées en refuges climatiques dans le cadre du programme Refugis Climàtics a les Escoles, cofinancé par le FEDER via Urban Innovative Actions (4 millions d’euros) et la municipalité (1 million d’euros). Ce qui distingue cette démarche, c’est la coordination. La mairie, le Consorci d’Educació, le gestionnaire de l’eau, l’agence de santé publique, l’ICTA-UAB et l’Institut de Salut Global ont ouvré ensemble à la conception des solutions. Résultats concrets : 1 000 m² de béton retirés, 2 000 m² de surfaces ombragées créées, 26 points d’eau installés. Le réseau s’est étendu à près de 400 refuges climatiques en 2025, et le programme européen CoolSchools, qui s’appuie notamment sur l’expérience barcelonaise, couvre désormais Bruxelles, Paris et Rotterdam (13).


Pour conclure : 2036 commence aujourd’hui


Ce scénario n’a rien d’utopique. Il suppose simplement que l’on cesse de traiter chaque canicule comme une surprise. Les solutions existent. Les outils de diagnostic existent. Les exemples réplicables existent. Ce qui manque encore, c’est la constance : traduire les enseignements de chaque été en décisions qui tiennent au-delà de l’automne. Les bâtiments qui traverseront 2036 sont déjà debout. Reste à décider dans quelles conditions vivront ceux qui les habiteront.

Sources :

[1] Copernicus Climate Change Service (C3S), Global Climate Highlights 2025, janvier 2026, p. 33. https://climate.copernicus.eu/global-climate-highlights-2025

[2] Webinar Efficient Buildings Climate Resilience (méthode ABCD Cerema, diapositives 24-28).

[3] Saint-Gobain/Arup, « Key Takeaways », mai 2026.

[4] Étude TIPEE pour Saint-Gobain Solutions France, « Confort thermique estival », juin 2024.

[5] Dossier de presse Rénovons, juin 2026 (données issues de modélisations sur des configurations précises).

[6] GlobalABC « As Summers Get Hotter, the Buildings Sector Has More Tools Than Ever to Keep People Cool », 14 juillet 2026.
https://globalabc.org/news/buildings-heat-mitigation

[7] Beat the Heat / Cool Coalition, UNEP. https://coolcoalition.org/projects/beat-the-heat

[8] OCDE, Subnational Government Climate Expenditure and Revenue Tracking in OECD and EU Countries, 2022.
https://doi.org/10.1787/1e8016d4-en

[9] Projet Living Attic, Morangis. Données mesurées par Artelia. Communiqué Velux, février 2026.

[10] « Les écoles de Poissy, un exemple de solutions passives », Technic’Baie, 19 juin 2026. Mesures : Zéro Wattheure (sondes connectées, plateforme web). https://technicbaie.fr/realisation/32573/les-ecoles-de-poissy-un-exemple-de-solutions-passives

[11] Gare métropolitaine de Lublin, Tremend Architecture Studio, 2023. World Architecture Festival Award, catégorie Transport.

[12] EU Covenant of Mayors, « Athens Hits Refresh: Beating the Heat with Urban Cooling Solutions », 2025 ; données mesurées par la municipalité d’Athènes (caméras thermiques, été 2025). https://eu-mayors.ec.europa.eu/en/Athens-Hits-Refresh-Beating-the-Heat-with-Urban-Cooling-Solutions

[13] Programme Refugis Climàtics a les Escoles, Ajuntament de Barcelona, financement UIA/FEDER (2019-2022). https://www.barcelona.cat/barcelona-pel-clima/ca/escoles-refugi-climatic

[14] Webinar Efficient Buildings Climate Resilience, présentation Somfy (données comparatives salles équipées/non équipées, Poissy).

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