Donner une seconde vie au plâtre : pas si simple

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Dans le monde, on estime entre 3 % à 5 % la quantité de plâtre recyclé dans le secteur du bâtiment.

Décryptage
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Durée de lecture : 7 min 7 min
23/01/2024

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Le réemploi et le recyclage des matières et matériaux se sont imposés ces dernières années, au point de constituer un argument de vente auprès des consommateurs de la grande distribution. Mais dans le domaine de la construction, le recours à des matériaux secondaires (détournés de la benne) est-il vraiment une bonne affaire ? L’exemple du plâtre, champion incontesté du BTP, démontre que c’est encore loin d’être une évidence.

Utilisé depuis des siècles en de nombreux endroits du globe, le plâtre est devenu un incontournable du BTP. Il est vrai qu’il peut se prévaloir d’un certain nombre d’atouts : léger, bon marché, modulaire, isolant thermique et acoustique, il constitue par ailleurs une excellente protection contre le feu.

Un recyclage déjà en marche

Dans la plupart des pays européens, mais également aux États-Unis, au Canada ou dans certains pays d’Asie, des filières de recyclage de produits à base de plâtre se sont mises en place. L’usine de l’entreprise japonaise Chiyoda Ute à Muroran (Japon) est ainsi parvenue à produire des plaques de plâtre contenant 100 % de matière recyclée sans perte de qualité, grâce à un procédé industriel innovant de recyclage par voie humide.

Le recyclage du plâtre en gypse consomme moins d’énergie (environ -30 %, hors transports) que pour son extraction et conditionnement une fois prélevé dans les carrières.

Parce que la chaîne du recyclage nécessite l’implication de nombreux acteurs, l’instauration de logiques de partenariats entre professionnels de la construction, collecteurs et transformateurs s’avère un passage obligé (cf. infographie). En Norvège, un partenariat entre Saint-Gobain, le collecteur Ragn-Sells et la société GRI, fournisseur d’équipements de retraitement, offre aux acteurs sur les chantiers un service de prise en charge du recyclage de leurs déchets de plâtre, et joue un rôle auprès des prescripteurs (architectes, bailleurs sociaux, etc.). 

Dans certains pays, on observe l’instauration de réglementations favorables à l’économie circulaire pour le plâtre. En Angleterre, en Allemagne ou dans la province de Colombie-Britannique au Canada, les déchets à base de plâtre sont interdits d’enfouissement. Partout dans le monde, les coûts et les contraintes en la matière augmentent, ce qui favorise une approche circulaire. En Italie, un décret impose un contenu recyclé minimum pour les matériaux de construction utilisés dans les projets publics : il est de 5 % pour les plaques de plâtre. En France, depuis la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) de février 2020, la mise en place d’une responsabilité élargie pour les producteurs (REP) concernant les matériaux de construction – une première mondiale – soutient économiquement les filières de recyclage et fixe des objectifs de valorisation ambitieux par filière. Des éco-organismes financés par les metteurs sur le marché (fournisseurs, industriels, etc.) se chargent de la gestion des déchets du BTP. Ils les collectent, les trient, les massifient puis les remettent à disposition des producteurs pour réintégration dans des produits finis. 

Intégrant les déchets de plâtre dans une économie vertueuse, les filières de recyclage se multiplient, comme dans cet atelier de l’usine de Vaujours, en France. (Placo® et Serfim Recyclage)

Quelles sont les limites au recyclage ?• Structurelle : Si on parvenait à récupérer 100 % de tous les gisements de déchets de plâtre, le taux de plâtre recyclé dans une plaque atteindrait au maximum 25 %. En cause : un gisement limité, les déchets de rénovation ou de démolition correspondant à des volumes de produits mis sur le marché il y a 30 ou 40 ans, bien inférieurs à ce qu’ils sont aujourd’hui. Ce gisement va néanmoins croître dans les prochaines années, notamment grâce à la rénovation de bâtiments construits plus tardivement.

• Qualité : Les pratiques de déconstruction et de tri à la source lors d’opérations de rénovation ou de démolition sont encore très peu répandues. Les déchets à réemployer sont un mélange de matériaux et le plâtre récupéré est souvent trop contaminé pour être utilisé, même après tri et traitement, en remplacement de la matière vierge.

• Industrielle : Compte tenu de ses propriétés physico-chimiques différentes du gypse naturel (densité, présence de papier résiduel, etc.), l’utilisation du plâtre recyclé impacte les processus de fabrication, particulièrement en termes de surconsommation énergétique, du fait d’un besoin en eau supplémentaire au moment de l’élaboration de la plaque.

• Économique : Dans beaucoup de pays, du fait de coûts d’enfouissement faibles, le plâtre recyclé revient plus cher que la matière vierge et les opérations de transport, tri et retraitement sont souvent plus élevées que l’extraction de matière naturelle. La logique économique est encore plus prégnante dans les pays disposant de centrales thermiques au charbon, qui produisent un gypse synthétique très économique issu de la désulfurisation des gaz de combustion.

• Modèle d’affaire : L’économie circulaire nécessite l’instauration de nouveaux modèles de collaboration plus transversaux, plus complexes à mettre en œuvre que de simples contrats d’achat.

Le défi du réemploi

Si le recyclage du plâtre est une opération qui s’est largement répandue y compris hors Europe, il n’en va pas de même pour son réemploi, quasiment inexistant à l’heure actuelle. Principal obstacle : le démontage de la plaque de plâtre dans les règles de l’art et son excellent état requis pour lui donner une seconde vie similaire. Une manipulation loin d’être évidente, sachant que la plaque est intégrée à un système de fixation qui n’a pas été conçu pour un démontage en vue d’une récupération et d’un réemploi. La plaque a été trouée, vissée, jointoyée… Par ailleurs, un professionnel sera bien en peine de la garantir de nouveau ses propriétés mécaniques et protectrices, sans connaissance de son usage passé et sans certitude sur sa préservation. 

Pour autant, le réemploi de plaques de plâtre est à l’étude. Aux Pays-Bas, la société Juuno est à l’origine d’un système de fixation innovant, garantissant un démontage propre grâce à une bande de joint autocollante et un mortier de jointoiement qui s’enlèvent facilement après usage. Après le retrait de la bande, les vis sont entièrement visibles, ce qui facilite le démontage d’un mur sans endommager les plaques, et favorise sa reconstruction ailleurs dans un second temps. 

Le démontage d’une plaque de plâtre dans les règles de l’art et son excellent état sont requis pour lui donner une seconde vie similaire.

Le sujet de l’économie circulaire et en particulier du recyclage du plâtre progresse. Les réglementations en lien avec les enjeux environnementaux de durabilité évoluent et le marché est de plus en plus demandeur de solutions circulaires et durables. Pour autant, deux questions essentielles persistent : comment augmenter la part de recyclé issue des gisements de déchets de plâtre générés sur les chantiers et dont une partie importante continue d’être enfouie ? Comment élaborer des modèles économiquement vertueux pour le réemploi ? Les industriels se sont engagés à relever ces défis, mais le rôle de la réglementation sera primordial pour y parvenir dans les prochaines années.

Glossaire de la récupérationRéemploi : Il permet à un bien qui n’est pas un déchet d’être utilisé à nouveau, pour un usage identique à celui pour lequel il a été conçu. Une plaque de plâtre reste une plaque de plâtre. C’est souvent l’option jugée comme la plus pertinente pour le plâtre.

Réutilisation : Opération qui offre à des substances, matières ou produits devenus des déchets l’opportunité d’être utilisés à nouveau en détournant éventuellement leur usage initial. Une ancienne plaque de plâtre est utilisée par exemple en décoration de façade.

Recyclage : Procédé par lequel la matière première d’un déchet est utilisée pour fabriquer un nouvel objet. Des gravats de plâtre deviennent une plaque de plâtre.
Surcyclage (upcycling, en anglais) : Il consiste à récupérer des matériaux ou des produits dont on n’a plus l’usage afin de les transformer en matériaux ou produit de qualité ou d’utilité supérieure. C’est un recyclage « par le haut ».

Sous-cyclage (downcycling, en anglais) : Recyclage « par le bas », par exemple lorsque d’anciennes plaques de plâtre partent en cimenterie pour être converties en d’autres matériaux. Le plâtre ne pourra plus jamais être utilisé et sera donc perdu.

Lean : Il ne s’agit pas de recyclage à proprement parler, mais l’économie de matière est substantielle. Le promoteur informe en amont de la dimension des plaques de plâtre dont il a besoin et les produits sont découpés en usine puis livrés, prêts à être assemblés sans retouche. Il n’y a pas de rebuts.

Crédits photos: © Leonardo Briganti / Alamy © R.Demaret /Placoplâtre

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