La santé et le bien-être des occupants, l’autre grand enjeu de la construction durable

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Relaxed young florist woman rest sitting with laptop pc in beautiful house garden. Gardener girl relaxing after taking care of indoor plants in home garden. Wellness, relaxation and work-life balance

Qualité de vie
Décryptage
Durée de lecture : 5 min 5 min
06/07/2023

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Construire durable, c’est prendre soin de l’habitat de l’homme. Sa planète bien sûr, mais aussi, plus prosaïquement, son logement, son bureau, son école… Comment construire des lieux respectueux de la santé et du bien-être de leurs occupants ? Une démarche qui implique ces derniers comme les professionnels. État des lieux.

Depuis le courant hygiéniste du XIXe siècle, la santé, le bien-être et le confort dans l’habitat sont restés les premières préoccupations de l’époque moderne, avec plus ou moins de réussite. Car l’habitat ancien, parfois mal conçu ou insalubre, peut se révéler aussi hostile qu’il est censé nous protéger. Or, quand on sait que nous passons plus de 80 % de notre temps dans des lieux clos, on comprend que les conséquences sont forcément alarmantes. « Les principales pathologies en rapport avec le logement sont les maladies respiratoires et, loin derrière, les maladies cutanées liées à un manque d’hygiène dû à un accès insuffisant à l’eau », explique le Dr Christine Delebarre-Sauvage, chef du service d’allergologie de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Lille (France), membre de l’Arcaa (Association de recherche clinique en allergologie et asthmologie). Rien qu’en France, 4 millions de personnes seraient asthmatiques.

Un logement mal conçu ou entretenu abrite une quantité non négligeable d’agents pathogènes : moisissures, bactéries, fibres, poussières, composés organiques volatiles…

Mais la santé et le bien-être dans le logement ne se limitent pas à la lutte contre les agents pathogènes. Bien d’autres nuisances ont un impact sur notre état physique et mental. Le bruit, par exemple, qui s’invite en tête des préoccupations urbaines, peut être à l’origine de complications cardiaques ou de troubles nerveux. Le manque de lumière naturelle peut perturber les rythmes du sommeil. La température inadaptée de nos logements, quant à elle, peut augmenter les risques de maladies cardiovasculaires, respiratoires, rhumatologiques, mais également les troubles psychiques. Vivre dans un logement où il fait trop chaud ou trop froid peut aussi, dans certains cas, très directement entraîner une augmentation du taux de morbidité.
Comment répondre à ces différents enjeux de santé ? En misant sur la construction durable, qui a vocation à prendre soin non seulement de la planète mais aussi de ses habitants, avec quatre objectifs d’amélioration essentiels : la qualité de l’air intérieur, l’acoustique, l’accès à la lumière naturelle et le confort thermique.

enfants s'amusant à jouer sur des casseroles de cuisine à la maison
Le confort acoustique, essentiel au bien-être, est de plus en plus pris en compte dans l’isolation des logements.

Penser bien-être dès la conception…

Si, pour chaque objectif, des solutions spécifiques existent, certaines bonnes pratiques, d’ordre plus général, doivent faire partie intégrante de la réflexion au moment de la conception, puis de la construction du bâtiment. Comme toujours en matière d’immobilier, l’emplacement est un point central. Un bâtiment bien implanté permettra, en effet, de contrôler non seulement le gain lumineux ou de chaleur, mais aussi, à l’inverse, une éventuelle perte liée à l’ombre ou au vent. Tenir compte du bruit environnant lié à des infrastructures telles que les aéroports, autoroutes, corridors ferroviaires… est un prérequis évidemment essentiel.
Ensuite, il faudra travailler sur l’enveloppe pour préserver notre habitat ou notre lieu de travail des effets d’une trop grande humidité, du vent, des infiltrations d’air indésirables, d’un ensoleillement excessif, de la présence de polluants dans l’air intérieur ou du bruit, tout en évitant un confinement, néfaste lui aussi. Concrètement, il s’agit de concevoir une enveloppe étanche à l’air et à l’eau associée à une ventilation naturelle (fenêtre) et/ou mécanique, qui permettra de contrôler la température, l’humidité, l’ambiance sonore et d’assurer les échanges d’air avec l’extérieur. Côté enveloppe, la bataille se joue sur deux fronts : vitrage et isolation. Grâce à la superposition de couches à contrôle solaire, il est possible de faire passer la lumière tout en profitant de la chaleur lorsque c’est nécessaire ou, à l’inverse, en la bloquant. Côté isolation, des parois opaques, la réduction des déperditions et la limitation des ponts thermiques par la mise en œuvre d’isolants performants combinés à des pare-vapeur et des membranes d’étanchéité, avec ou sans lames d’air selon les cas, est généralement la meilleure option.

vue latérale d'une femme soulevant le couvercle pour vérifier le repas sur la cuisinière tandis que sa fille souriante regarde la scène de l'extérieur par la fenêtre de la cuisine
La cuisine est la pièce où la qualité de l’air fait l’objet de toutes les attentions.

Jusqu’à 80 %

du formaldéhyde présent dans l’air intérieur peut être éliminé par des matériaux « actifs »

… et ventiler

Faute d’aération naturelle, les systèmes de ventilation dits mécaniques prennent le relais. À condition, dans le temps, de faire l’objet d’un entretien régulier. Les réseaux d’eau chaude sanitaire sont soumis au même régime. L’utilisation d’appareils de chauffage ou de cuisson à combustion est également source d’émissions de CO2, de benzène, de particules fines… Surtout si l’apport en air ne provient pas d’un conduit spécifique. Christine Delebarre-Sauvage insiste donc sur l’importance de l’aération : « La cuisine, avec sa gazinière et son micro-ondes notamment, est la pièce la plus polluée de la maison. Mieux vaut pouvoir isoler sa chambre en fermant la porte ». Les douches ultra chaudes d’une demi-heure sont également à proscrire, surtout si l’aération est difficile. « Les acariens s’épanouissent avec la chaleur et l’humidité, les moisissures génèrent des maladies respiratoires », continue-t-elle.
Pour préserver la qualité de l’air, il faudra également faire le bon choix de matériaux. Ainsi, les produits de construction et de décoration doivent afficher de faibles émissions de formaldéhyde et de COV (composés organiques volatils, notés A+ pour les meilleurs). Certains matériaux « actifs » ont même un impact directement positif sur la qualité de l’air intérieur : des plaques de plâtre éliminent durablement jusqu’à 80 % du formaldéhyde présent dans l’air intérieur, tandis que des revêtements muraux ont une action antimicrobienne et antifongique. Jusqu’alors négligé, le confort acoustique est lui aussi devenu une priorité, l’objectif étant de réduire les nuisances sonores grâce à des plafonds et baffles acoustiques et des cloisons et doublages haute performance.

Chambre enfant Habito activ'air
Certains matériaux comme des plaques de plâtres éliminent le formaldéhyde présent à l’intérieur des habitations.

Le bien-être, c’est aussi les autres

Un logement confortable et bon pour la santé, mentale et physique, c’est également un habitat qui favorise les interactions sociales (jardins partagés, espaces communs) et, notamment, intergénérationnelles. C’est aussi un habitat à proximité d’espaces verts, de zones de circulation naturellement rafraîchies qui favorisent les mobilités douces… Cela vaut pour les bâtiments publics. Dans un hôpital, un espace garantissant une interaction fluide entre médecins, patients et familles a un impact positif sur la guérison. Cette symbiose extérieur/intérieur se traduit au travers des principes de la construction légère, plus économe et mieux adaptée à une forme de modularité, que plébiscitent nos modes de vie actuels.

La Passive House Los Angeles (PHLA+) est la première « maison passive certifiée ». Cette construction légère combine confort et une qualité d’air intérieur élevée.

Crédits photos: © Placoplatre, © Ph. Mike Brenesell/Arch. Christian Kienapfel, © golero/istock, © Dejan_Dundjerski/istock, © DimaBerlin/adobeStock, © AIGen/adobeStock

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