Non, un bâtiment durable ne coûte pas plus cher ! Et autres idées reçues…

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Mjøstårnet, dans la petite ville de Brumunddal en Norvège, est la plus haute tour en bois du monde (85 m).

Politique et économie
Décryptage
Durée de lecture : 5 min 5 min
23/05/2023

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Malgré des atouts aux niveaux social, environnemental et économique, de nombreuses idées fausses circulent sur la construction durable. Tour d’horizon de 5 préjugés à déconstruire, exemples à l’appui.

1- Tendre vers des bâtiments bas ou zéro carbone est le seul objectif de la construction durable => FAUX

Il existe désormais un large consensus sur l’intérêt de créer des bâtiments bas carbone ou de rénover pour atteindre cet objectif. Cette tendance nécessite l’évaluation de l’intégralité du CO₂ émis par un bâtiment durant son cycle de vie, un critère appelé « Whole Life Carbon emissions » qui fait émerger des pistes de progrès : amélioration de l’isolation, choix de matériaux, solutions et énergies bas carbone, construction légère… Au-delà de la décarbonation, la construction et la rénovation durables s’inscrivent dans une démarche intégrant une utilisation plus efficace des ressources naturelles et la réduction des déchets non valorisés.

Elle contribue, en outre, à améliorer les conditions de travail des ouvriers sur les chantiers en leur évitant le contact avec des substances dangereuses ou désagréables ou en privilégiant l’emploi de produits plus légers ou plus faciles à manipuler. Elle offre, enfin, aux résidents un environnement plus sain et plus agréable à vivre à tous niveaux (qualité de l’air, confort thermique, acoustique et visuel…).

2- L’édification ou la rénovation de bâtiments durables coûte plus cher => FAUX

La construction durable s’avère économiquement plus intéressante dès lors que le raisonnement porte sur le coût global, c’est-à-dire sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment. En effet, les charges d’exploitation, d’entretien et de maintenance sont mieux maîtrisées et réduites. Selon le World Green Building Council, le coût d’exploitation est inférieur de 14 % pour un bâtiment durable neuf. Comme l’illustre le projet BedZED au sud de Londres, choisir des matériaux écologiques se révèle plus rentable : des fenêtres à cadre en bois très durable sont moins onéreuses que celles en PVC, de même pour l’acier et le bois de récupération (vs des matériaux neufs). En outre, les bénéfices induits sur le bien-être et la productivité des occupants sont très positifs. Ainsi, les bureaux durables affichent des taux d’occupation et des loyers plus élevés, tandis que la qualité d’apprentissage est bien meilleure dans des écoles durables. Les bâtiments responsables sont, de plus, mis sur le marché à un prix supérieur à celui d’un bâtiment classique, et leur valeur résiduelle est plus élevée en fin de vie. Enfin, sur un plan macro-économique, les avantages sont multiples : réduction des émissions de carbone, de l’emploi de ressources, des dépenses de santé, des déchets et des sources de pollution. À l’avenir, la massification du recours aux solutions de construction durable devrait conduire à diminuer encore les coûts.

Pour le projet BedZED, un îlot résidentiel au sud de Londres, le choix des matériaux durables s’est révélé très rentable.

3- Une construction durable poursuit uniquement une démarche environnementale => FAUX

Certes, un bâtiment éco-construit se distingue par un impact environnemental réduit. Il se fonde à cet effet sur deux leviers : la décarbonation et la circularité. Le premier nécessite une distinction entre le carbone incorporé (émissions de CO₂ issues de la fabrication, du transport, de l’installation, de l’entretien et de l’élimination des matériaux et des produits de construction) et le carbone opérationnel (émissions des sources d’énergie utilisées pour chauffer, refroidir, ventiler, éclairer et alimenter le bâtiment). Les actions mises en œuvre par la construction durable visent à atténuer, voire à inverser l’ensemble de ces effets négatifs. De même, une utilisation plus efficiente des ressources naturelles comme l’eau et le sable, via une démarche de circularité, contribue à améliorer l’empreinte environnementale d’un bâtiment.
Mais la construction durable revêt bien d’autres aspects, répondant ainsi aux enjeux des trois piliers du développement durable : environnemental, mais aussi social et économique. Elle agit en effet de manière positive et proactive sur la santé et la sécurité des ouvriers sur les chantiers et des résidents, sans oublier un objectif de performance en termes de valeur économique, de réduction des coûts liés aux consommations énergétiques et de qualité. Elle représente, en outre, un enjeu de justice sociale et territoriale via le développement d’un bâti non énergivore et son adaptation aux comportements et usages des personnes qui y vivent ou y travaillent. Enfin, sa capacité à s’aligner sur les réglementations en vigueur lui permet d’anticiper les obligations futures du secteur.

4- Construire plus durable implique de n’utiliser que des matériaux locaux ou biosourcés => FAUX

120 tonnes

d'émissions de CO2 évitées en optant pour des matériaux locaux (projet BedZED au sud de Londres)

Certes, opter pour des matériaux locaux peut permettre de réduire l’empreinte carbone d’un bâtiment, comme l’ont prouvé les urbanistes du quartier BedZED en évitant l’émission de 120 tonnes de CO₂ grâce à un approvisionnement dans un rayon moyen de 107 km. Autre solution, privilégier des modes de transport bas carbone (camions au GNV ou voie fluviale), à l’image du chantier des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. L’emballage des matériaux doit aussi être pris en compte, sachant qu’un isolant en laine de verre comprimé dans un rapport de 1 à 10 aura un impact bien plus faible qu’un isolant non compressible transporté sur une distance plus courte.
Quant aux matériaux biosourcés, certains sont moins écologiques qu’il n’y paraît, du fait de procédés industriels consommateurs d’énergie et de la présence d’additifs et de liants synthétiques ainsi que de substances dangereuses (certains sels ignifugeants par exemple). D’où l’utilité d’analyser les impacts sur l’ensemble du cycle de vie des produits manufacturés pour faire un choix et de se renseigner sur les contenus. En outre, les matériaux d’origine minérale réduisent fortement leur impact environnemental à mesure que leur fabrication évolue vers plus de sobriété énergétique, de décarbonation, mais aussi d’utilisation de contenu recyclé et de coproduits d’autres industries.

Au-delà de la décarbonation, la construction durable contribue à améliorer les conditions de travail des opérateurs, notamment dans le transport de charges lourdes.

5- Une construction durable est forcément moins belle => FAUX

Le mythe d’une architecture uniforme et peu esthétique serait né dans les années 1950, avec la multiplication des maisons préfabriquées. Pourtant, les exemples de rénovations ou constructions neuves durables et innovantes fleurissent depuis, dans le monde entier : Mjøstårnet, la plus haute tour en bois du monde en Norvège, le bâtiment universitaire Echo aux Pays-Bas, Ostro Passivhaus en Écosse et Casa Azul à Guarujá, au Brésil.

L’Ostro Passivhaus (maison passive) située dans le village de Kippen, près de Stirling en Écosse, est exemplaire dans sa conception double coque, une «boîte dans la boîte».

Il suffit de remplacer certaines parties d’un édifice pour lui conférer une esthétique inédite. L’installation de moulures de la gamme CertainTeed sur le Yale Science Building et l’aéroport international de Tampa en est un exemple frappant. D’autres édifices durables rivalisent d’originalité, comme l’EDEN à Singapour, dont les balcons évoquent des jardins suspendus, ou encore l’écoquartier The Wintles, à la frontière anglo-galloise, constitué de 12 maisons à ossature en bois.

Crédits photos: © Gorodenkoff/stock.adobe.com, © Makda/Alamy, © Moelven, © David Barbour, © Hufton+Crow

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