« Climate week 2023 : Nous le pouvons, nous le ferons. »

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Bâtiment du siège de l'ONU à New York

Politique et économie
interviews
Durée de lecture : 6 min 6 min
13/09/2023

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Pour sa 15e édition, la Climate Week NYC – un des sommets clés de l’agenda international – mise sur l’action collective et la volonté d’agir. Des milliers d’acteurs, experts et militants inscrits se tiennent prêts. L’occasion pour Helen Clarkson, Directrice Générale du Climate Group1, de revenir sur les récentes avancées et de révéler de nouvelles ambitions.
Helen Clarkson

Quels points forts retenez-vous de la Climate Week NYC 2022 ?

Helen Clarkson : Le plus marquant selon moi a été la forte implication pratique, le volet le plus complexe de l’action climatique. En clair, le « faire » plutôt que le « dire ». Nous avions pris pour thème « Getting it Done » (Au travail, en français), car la priorité était bien de concrétiser nos appels à l’action. Et, en cela, le débat entre dirigeants de diverses industries réunis en tables rondes s’est révélé très riche.

La situation empire selon l’ONU. Il faut accélérer le mouvement. Quels sont les progrès accomplis et où faut-il placer le curseur ?

H. C. : Nous venons de traverser une année très éprouvante, particulièrement difficile pour les entreprises engagées dans l’action climatique. Déjà, la Climate Week 2022 semblait marquer la fin d’un cycle pour de nombreux progrès. Et de fait, le climat est devenu le théâtre d’une guerre culturelle, exacerbée aux États-Unis et au Royaume-Uni, qui met un frein aux avancées en matière de transition. En réaction, nous avons choisi en 2023 le thème « We Can. We Will. » (Nous le pouvons, nous le ferons.)

Quel est votre message avec « We Can. We Will. » ?

H. C. : Nous maîtrisons la technologie, nous avons les solutions. Ça, c’est le « Can ». Le « Will » exige de s’unir, d’avoir la volonté commune de parler d’une seule voix. C’est l’objectif de la Climate Week de New York City : rassembler les troupes.

Pourquoi ne sommes-nous pas plus enthousiastes à l’idée d’investir dans une économie verte – source d’innovation, de création d’emplois, de qualité de vie et de victoire collective – pour relever ce qui est sans doute le plus grand défi de l’humanité ?

H. C. : Cela me fait penser à un dessin humoristique publié il y a une dizaine d’années, que les écologistes apprécient particulièrement. On y voit un conférencier exposer une longue liste d’avantages de l’action climatique : air plus pur, indépendance énergétique, emplois verts, etc. Lorsqu’une personne dans l’auditoire l’interpelle : « Et si c’était un vaste canular et que nous créions un monde meilleur pour rien ? » Plus sérieusement, tous vos arguments sont valables, mais l’accélération du rythme du changement climatique nous dicte d’agir beaucoup plus rapidement. Regardez la fréquence et l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes survenus cette année.

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Peut-on se réjouir des progrès accomplis au cours des 12 derniers mois ?

H. C. : Bien sûr. Les récentes élections législatives en Australie ont validé un programme climatique ambitieux. Aux États-Unis, l’Inflation Reduction Act va injecter des centaines de milliards de dollars dans des mesures de soutien à la politique industrielle verte américaine. Et engendrer de fait des investissements massifs. De quoi inciter l’Union européenne à riposter et se mobiliser.

Et en Asie ?

H. C. : Les engagements climatiques des entreprises et pays importateurs occidentaux contribuent à faire évoluer les marchés d’exportation asiatiques. À l’image du danois Lego®, qui a choisi le Vietnam – l’un des pays de cette région considéré comme le plus dynamique en matière d’énergies renouvelables – pour construire sa nouvelle usine neutre en carbone à près d’un milliard de dollars (885 millions d’euros). Ainsi, en intégrant ses exigences climatiques dans les spécifications techniques, il accompagne la transition des économies asiatiques.

Qu’en est-il de l’environnement bâti ?

H. C. : Nous venons de lancer notre campagne SteelZero2 (Acier net zéro), dans la foulée de l’initiative ConcreteZero3 (Béton net zéro) il y a 18 mois. Entre nous, vous m’auriez posé cette question il y a quelques années, je vous aurais juste répondu : Nous finirons bien par y arriver. Finalement, c’est très encourageant de voir autant de professionnels discuter de construction zéro carbone et partager leurs idées et solutions. Et le fait qu’ils nous aient rejoints bien plus tôt que prévu me rend optimiste.

Gratte-ciel d'une ville moderne et mur industriel en béton au premier plan
Depuis le lancement de ConcreteZero (Béton net zéro) il y a 18 mois, de nombreux professionnels partagent leurs idées et solutions sur la construction zéro carbone.

L’industrie lourde peut-elle atteindre la neutralité carbone en prenant part au débat ?

H. C. : SteelZero et ConcreteZero concrétisent les engagements pris par les entreprises qui souhaitent se fournir en acier et en béton neutres en carbone d’ici à 2050. Bien qu’ils soient encore lointains, ces engagements envoient dès à présent un signal clair au marché. Pour autant, les tenir d’ici à 2050 nécessite un lourd processus d’innovation.

Côté action, la situation se présente bien, alors ?

H. C. : Le problème est plutôt d’ordre politique, en particulier aux États-Unis, actuellement traversés par un mouvement anti-ESG4 d’opposition aux placements en faveur du climat et des enjeux sociaux.

Près de 70%

de la population du Royaume-Uni favorable à la construction de parcs éoliens

L’optimisme climatique oriente le débat vers les aspects positifs et détermine ce qui doit être accéléré. Dans quels domaines la progression est-elle la plus lente et comment y remédier ?

H. C. : L’opinion publique a considérablement évolué dans son soutien en faveur de l’action climatique. Au Royaume-Uni par exemple, où l’éolien terrestre fait l’objet d’un moratoire depuis 2015, près de 70 % de la population est aujourd’hui favorable à la construction d’un parc dans sa région. De manière générale, les citoyens réclament des politiques respectueuses de l’environnement, des énergies renouvelables, de l’air pur et des voitures moins polluantes. Mais au lieu d’être traduites en actes, ces attentes se heurtent au temps long de la macroéconomie.

La Climate Week qui se déroule aux États-Unis pourrait bien placer l’ESG au centre des conversations.

Que faudrait-il pour que la Climate Week 2023 soit une réussite ?

H. C. : Le fait qu’elle se déroule aux États-Unis pourrait bien placer l’ESG au centre des conversations. Mais, quelle que soit la teneur du débat, ce sera aux entreprises de faire preuve de détermination à s’attaquer au problème et d’y faire face. Nous avons besoin d’un leadership fort !

La Climate Week de New YorkOrganisée par l’ONG Climate Group, en partenariat avec l’Assemblée générale des Nations Unies et en coordination avec la ville de New York, la Climate Week NYC a pour ambition de rassembler les leaders et acteurs du monde politique et des affaires, de la communauté scientifique et de la société civile parmi les plus influents en la matière. Du 17 au 24 septembre 2023, ils débattront sur le thème « We Can. We Will. » à travers près de 400 animations et performances proposées dans les cinq districts de Big Apple.

1 Le Climate Group est une ONG britannique fondée en 2003 qui rassemble des acteurs de premier plan afin d’accélérer la transition énergétique. Elle accompagne les industries les plus polluantes et les aide à transformer les bonnes intentions en actions concrètes, mesurées et annoncées publiquement. Avec des bureaux à Londres, New York, New Delhi, Amsterdam et Pékin, elle dispose d’un réseau de plus de 500 multinationales couvrant 175 marchés. Liée à l’initiative, la coalition Under2 réunit plus de 260 gouvernements, tous engagés à atteindre zéro émission nette d’ici à 2050, représentant 1,75 milliard de personnes et 50 % de l’économie mondiale.

2 Les organisations qui adhèrent à SteelZero s’engagent à acheter et à utiliser 50 % d’acier à faibles émissions d’ici à 2030, ouvrant ainsi la voie à l’utilisation de 100 % d’acier net zéro à l’horizon 2050.

3 Lancée en partenariat avec le World Green Building Council (GBC) et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) au Royaume-Uni dans un premier temps, l’initiative ConcreteZero a pour but de conduire une action climatique rapide aux côtés de l’industrie cimentière, afin d’atteindre d’ici à 2050 un béton à zéro émission de carbone.

4 Le sigle international ESG désigne dans les milieux financiers les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance et a pour vocation d’évaluer la responsabilité des entreprises dans ces domaines, vis-à-vis de l’environnement et à l’égard de leurs employés, clients, sous-traitants et partenaires.

Crédits photos: ©Tashka_iStock, ©Stocksy_Vaidas Bucys, ©climateweeknyc

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